Passer de PrestaShop à Shopify, ce n'est pas changer d'habillage. C'est changer de modèle : vous abandonnez un logiciel que vous hébergez et contrôlez pour un service en ligne que vous louez. Ce choix a des conséquences très concrètes sur votre catalogue, votre facturation, vos modules et votre référencement. Voici ce qui change vraiment.
Deux philosophies opposées
PrestaShop est un logiciel libre que vous installez sur votre hébergement. Vous possédez le code, la base de données et les fichiers. Vous pouvez tout modifier, y compris le cœur, et vous assumez tout, y compris les mises à jour de sécurité et la compatibilité PHP.
Shopify est un service hébergé. Vous ne possédez ni le serveur, ni le code de la plateforme. Vous personnalisez un thème et vous ajoutez des applications. En échange, vous n'avez plus de serveur à maintenir, plus de version à faire monter, plus de faille à corriger en urgence un vendredi soir.
| Sujet | PrestaShop | Shopify |
|---|---|---|
| Hébergement | À votre charge | Inclus |
| Mises à jour | Votre responsabilité | Automatiques et transparentes |
| Accès au code | Total, y compris le cœur | Thème uniquement, via le langage de gabarit |
| Structure des URL | Configurable | Préfixes imposés par la plateforme |
| Facturation française | Native | Nécessite une application dédiée |
| Coût | Hébergement, modules, maintenance | Abonnement, applications, frais de transaction |
| Réversibilité | Élevée, vous détenez tout | Faible, les données s'exportent mais pas le site |
Ce tableau explique presque toutes les difficultés d'une migration. Vous ne déplacez pas un site, vous traduisez une logique dans une autre. Sur la question de la propriété, notreguide sur la propriété de son site détaille ce que vous gardez et ce que vous cédez dans chaque cas.
Le catalogue et les déclinaisons
La reprise du catalogue est la partie qui rassure les dirigeants et qui inquiète les intégrateurs. Les références, prix, descriptions, images et stocks se migrent sans grande difficulté. Ce sont les structures qui posent problème.
- Les catégories PrestaShop, avec leurs sous-niveaux profonds, deviennent des collections Shopify. La logique de rangement n'est pas la même. Une collection Shopify se remplit souvent par règles automatiques, ce qui est puissant mais impose de repenser l'arborescence.
- Les déclinaisons PrestaShop sont très permissives : vous pouvez multiplier les attributs sans limite pratique. Shopify limite le nombre d'options par produit. Un catalogue à quatre ou cinq axes de variation demande donc un arbitrage, un découpage ou une application spécialisée.
- Les caractéristiques PrestaShop, celles qui alimentent vos filtres, deviennent des metafields Shopify. Elles ne s'affichent pas toutes seules, il faut les rebrancher dans le thème.
- Les packs et les produits liés doivent être reconstruits, souvent via une application.
- Les prix spécifiques par groupe de clients, très utilisés en B2B sur PrestaShop, n'ont pas d'équivalent direct dans la version standard de Shopify.
Un conseil pratique : profitez de la migration pour faire le ménage. Un catalogue PrestaShop de dix ans contient presque toujours des produits désactivés, des doublons et des catégories vides. Ne migrez pas ce que vous ne vendez plus, mais redirigez les adresses correspondantes.
TVA, factures et obligations françaises
C'est le point le plus sous-estimé, et le plus sérieux. PrestaShop a été conçu en France. La gestion des règles de TVA, des taux par pays, des groupes de clients exonérés et surtout la génération des factures avec une numérotation continue sont natives.
Shopify gère très bien le calcul des taxes. En revanche, le document PDF qu'il génère par défaut est un récapitulatif de commande, pas une facture au sens du droit français. Pour disposer d'une numérotation séquentielle sans rupture, des mentions obligatoires complètes et d'un archivage conforme, vous devrez passer par une application de facturation connectée à la boutique.
Vérifiez également vos flux comptables. Si votre expert-comptable reçoit aujourd'hui un export PrestaShop dans un format donné, ce format n'existera plus. Cette question se traite avant la migration, avec lui, pas au moment de la clôture.
Les modules PrestaShop sans équivalent
L'écosystème Shopify est riche, mais il est international. Les spécificités françaises et européennes sont donc le premier endroit où ça coince.
- Les transporteurs et les points relais. Les modules de relais colis français sont un standard sur PrestaShop. Sur Shopify, l'offre existe mais elle est plus étroite, et la qualité varie. Testez avant de vous engager.
- Le B2B avec grilles tarifaires, remises par groupe, commande sur devis et paiement différé. C'est le terrain historique de PrestaShop, et c'est là que Shopify demande le plus d'adaptation.
- Les connecteurs vers un ERP ou une gestion commerciale française. Faites l'inventaire précis des champs échangés dans les deux sens avant toute décision.
- Les modules faits sur mesure par un développeur, souvent non documentés. Il faut comprendre ce qu'ils font réellement avant de promettre un équivalent.
- Les configurateurs produits, les devis dynamiques et les calculs de prix par dimension.
Méthode : listez vos modules actifs, gardez uniquement ceux qui touchent au chiffre d'affaires ou à la conformité, et cherchez un équivalent pour ceux-là seulement. Pour chacun, exigez un test sur vos vraies données. Un module qui fonctionne sur une boutique de démonstration ne prouve rien.
Les URL et le plan de redirections
PrestaShop vous laisse choisir la forme de vos adresses. Beaucoup de boutiques utilisent un identifiant numérique dans l'URL, d'autres une structure catégorie puis produit. Shopify impose ses préfixes : les produits, les collections, les pages et les articles ont chacun leur racine réservée, que vous ne pouvez pas modifier.
Toutes vos adresses vont donc changer. Le travail se fait en cinq temps.
- Crawler l'intégralité du site actuel pour obtenir la liste réelle des URL, y compris les pages oubliées.
- Croiser avec la Search Console sur douze mois pour identifier ce qui reçoit des impressions et des clics.
- Croiser avec les ventes pour repérer les pages qui convertissent sans faire de trafic organique.
- Associer chaque ancienne adresse à sa nouvelle destination, une par une, vers la page la plus proche.
- Importer le tout dans l'outil de redirections de Shopify, qui accepte un fichier CSV, en travaillant par lots.
Attention à un détail spécifique à PrestaShop : les URL de filtres et de navigation à facettes. Elles sont souvent nombreuses et souvent indexées à tort. Ne les redirigez pas une par une, traitez la logique globale et vérifiez ce qui recevait réellement du trafic.
Le référencement au-delà des adresses
Les redirections préservent l'autorité acquise, elles ne transportent pas le contenu. Il faut reprendre les balises titre et les méta descriptions page par page, les textes de catégories qui positionnent souvent mieux que les fiches produits, les balises alt des images, et les données structurées produit. Vérifiez aussi le maillage interne : vos articles et vos pages institutionnelles pointent vers des adresses qui n'existeront plus, et une redirection ne remplace jamais un lien direct.
Quand il vaut mieux rester sur PrestaShop
Nous ne recommandons pas Shopify par défaut. Il y a des cas où rester sur PrestaShop, en montant simplement de version, est la bonne décision.
- Vous faites du B2B avec des tarifs négociés par client, des encours et des commandes sur devis.
- Vous avez une intégration profonde avec un ERP ou une gestion de production, qui a coûté cher et qui fonctionne.
- Vos règles de prix, de TVA ou de livraison sont trop spécifiques pour tenir dans une application standard.
- Vous tenez à conserver la maîtrise totale du code et de vos données, pour des raisons contractuelles ou stratégiques.
- Votre problème réel n'est pas la plateforme mais une version obsolète et un manque de maintenance. Dans ce cas, lisez notre guide sur la montée de version PrestaShop avant de décider quoi que ce soit.
À l'inverse, Shopify est souvent le bon choix quand votre boutique est en B2C standard, que personne en interne ne veut gérer de serveur, que votre catalogue est simple à moyen, et que vous préférez investir votre budget dans l'acquisition plutôt que dans la maintenance.
Comment décider sans se tromper
Le bon ordre est toujours le même : audit d'abord, décision ensuite, chantier en dernier. L'audit consiste à poser trois listes sur la table. Les URL qui vous rapportent du trafic et du chiffre d'affaires. Les modules et intégrations dont vous ne pouvez pas vous passer. Les obligations comptables et fiscales de votre activité. Ces trois listes tranchent le débat plateforme mieux que n'importe quel comparatif générique.
Si vous voulez un avis extérieur sur votre cas, avec un chiffrage précis et un plan de migration,expliquez-nous votre situation. Vous pouvez aussi consulter nosservices de création de sites pour comprendre notre méthode de travail.
