Commande et réservation en ligne sans commission
Sur une addition de cinquante euros passée par une plateforme, la part qui ne rentre jamais en caisse dépasse souvent votre marge nette. Regardons les chiffres avant de parler de solution.
01Deux prélèvements que l’on confond souvent
Les restaurateurs parlent de « la commission » comme s’il s’agissait d’une seule chose. Il y en a deux, de nature très différente. La première frappe la vente à distance: livraison et vente à emporter passées par une application. Elle se calcule en pourcentage du panier.
La seconde frappe la venue en salle: la réservation apportée par une plateforme. Elle se calcule au couvert, parfois complétée par un abonnement mensuel, et se déclenche à chaque visite honorée, y compris pour un habitué qui repasse par l’application par simple confort.
Les additionner donne le vrai coût d’intermédiation d’un établissement. Beaucoup ne l’ont jamais calculé, parce que les deux lignes arrivent sur des relevés séparés à des dates différentes.
- Vente à distance: pourcentage du panier, prélevé à la source avant versement
- Réservation en salle: montant fixe ou indexé par couvert honoré
- Abonnement mensuel: facturé indépendamment du volume apporté
- Frais annexes: promotions partagées, litiges non contestés, options de visibilité
02Les taux réellement constatés en France
Aucune des grandes plateformes ne publie de grille tarifaire ouverte et à jour. Les chiffres ci dessous proviennent de comparatifs sectoriels français consultés en août 2026. Ils donnent un ordre de grandeur, jamais votre taux exact: celui ci dépend de votre contrat, de votre ville et de votre ancienneté.
Le point important n’est pas la valeur affichée mais l’écart avec le coût effectif, une fois comptées la taxe sur la valeur ajoutée, les promotions cofinancées et les litiges non contestés.
Prenez votre dernier relevé et divisez ce qui vous a été versé par ce que le client a payé. C’est le seul chiffre qui vous concerne.
| Canal | Taux annoncé | Ce qui vient s’y ajouter |
|---|---|---|
| Uber Eats, livraison assurée par la plateforme | 30 % hors taxes par commande | TVA, promotions partagées, litiges non contestés |
| Uber Eats, livraison assurée par le restaurant | 15 % hors taxes | mêmes frais annexes, coût de la livraison à votre charge |
| Deliveroo, grille France | 14 à 30 % selon la formule | coût effectif souvent supérieur une fois les extras comptés |
| Vente à emporter via une plateforme | 12 à 18 % selon l’acteur | sans livraison, la commission demeure |
| TheFork, réservation en salle | de l’ordre de 2 à 4 € par couvert | abonnement mensuel, prélèvement aussi sur les habitués |
Valeurs relevées le 21 août 2026 sur des comparatifs sectoriels français: fooderise.com, commandeici.com, brewbook.fr, restoboard.fr. Uber Eats, Deliveroo et TheFork ne diffusent pas de grille officielle ouverte, ces montants sont des ordres de grandeur à confronter à votre propre contrat.
03Le calcul qui compte n’est pas sur le chiffre d’affaires
Une commission de vingt cinq pour cent semble supportable tant qu’on la compare au chiffre d’affaires. Rapportée à la marge, elle change de nature. En restauration indépendante, la matière première et la masse salariale absorbent déjà l’essentiel de l’addition.
Sur une commande à quarante euros, un quart part en intermédiation. Il reste à couvrir les denrées, le temps de production, l’emballage, l’énergie et le loyer sur cette même commande. La question n’est plus de savoir si le taux est élevé, mais si la commande reste rentable.
Certaines le sont, notamment sur les paniers élevés et les plats à forte marge. D’autres ne le sont pas et ne le seront jamais. Faire ce tri commande par commande vaut mieux qu’un jugement global.
- Isoler la marge brute par plat avant de juger un canal
- Retirer l’emballage, souvent absent des calculs de marge
- Comparer le panier moyen à distance et le panier moyen en salle
- Identifier les plats qu’il vaut mieux retirer de la carte à emporter
04Ce que la plateforme vous apporte vraiment
Il serait malhonnête de présenter ces acteurs comme de purs prédateurs. Ils apportent trois choses qu’un restaurant seul ne produit pas: une audience installée, une logistique de livraison opérationnelle, et un système de paiement qui fonctionne à toute heure sans intervention.
Pour un établissement récent, sans notoriété de quartier, cette audience est un accélérateur réel. Le coût d’acquisition d’un premier client par vos propres moyens n’est pas nul non plus.
L’erreur n’est pas d’y être. L’erreur est d’y rester exclusivement au bout de trois ans, quand la notoriété existe et que la totalité du volume continue de transiter par un tiers qui garde le contact.
- Audience déjà constituée, particulièrement utile au démarrage
- Flotte de livraison disponible sans embauche ni matériel
- Paiement et gestion des litiges externalisés
- Visibilité payante possible pour un lancement ou une période creuse
05À qui appartient le client ?
C’est le point le plus coûteux à long terme, et le moins visible sur un relevé. Une commande passée par une application vous transmet une préparation à produire. Elle ne vous transmet ni le nom exploitable, ni l’adresse électronique, ni l’historique de commande du client.
Concrètement, vous ne pouvez pas prévenir vos habitués d’une nouvelle carte, d’une fermeture ou d’une soirée spéciale. Vous repayez la même commission au troisième passage du même client qu’au premier.
Un canal direct inverse ce rapport. La base constituée reste exploitable même si vous changez d’outil. C’est un actif, pas un abonnement.
- Consentement recueilli au moment de la commande, conformément au RGPD
- Base exportable à tout moment, dans un format lisible
- Un message avant les périodes creuses vaut souvent mieux qu’une remise permanente
- Aucune revente ni location de cette base à un tiers
06Reconstruire un canal direct sans perdre le volume
La bascule brutale ne fonctionne pas. Couper les plateformes du jour au lendemain supprime un volume acquis avant que le canal direct n’existe. La méthode qui tient consiste à faire coexister les deux pendant plusieurs mois, puis à laisser la part respective se déplacer.
Le levier le plus efficace est physique, pas numérique. Le client qui vient chercher sa commande au comptoir est celui qu’on convainc le plus facilement de commander directement la prochaine fois. Un mot imprimé dans le sac fait plus qu’une campagne.
Le second levier est tarifaire. Rien n’interdit d’appliquer des prix différents selon le canal, à condition de vérifier les clauses de parité de votre contrat, qui varient d’un acteur à l’autre.
- Un support imprimé dans chaque sac de commande, avec un avantage réservé au canal direct
- Un code court et mémorisable plutôt qu’une adresse longue
- Une carte identique mais un tarif ajusté, quand le contrat le permet
- Un rappel oral en salle, plus efficace que n’importe quelle affiche
07Ce qu’un outil de commande directe doit faire, et rien de plus
Un module de commande utile en service est un module ennuyeux. Il affiche la carte, encaisse, imprime en cuisine, et gère les ruptures. Tout le reste ajoute des clics à un moment où personne n’a le temps.
Le point de rupture connu est l’impression en cuisine. Une commande qui arrive par courriel sur un téléphone posé près de la caisse finit par être manquée un vendredi soir. L’intégration à l’imprimante ou à la caisse n’est pas un confort.
Attention au vocabulaire: sans commission ne signifie pas gratuit. Il reste les frais du prestataire de paiement, l’hébergement, et éventuellement une licence. Ces coûts sont fixes et prévisibles, ce qui est précisément l’intérêt.
- Impression automatique en cuisine, sans intervention humaine
- Gestion des ruptures en temps réel, modifiable depuis la salle
- Créneaux de retrait limités pour absorber le coup de feu
- Paiement en ligne fiable, avec des frais bancaires connus à l’avance
08La réservation, le même raisonnement à une autre échelle
La réservation obéit à la même logique mais avec un enjeu différent: le problème n’est pas le montant unitaire, c’est la récurrence. Un couvert facturé quelques euros paraît anodin, jusqu’à ce qu’on multiplie par le nombre d’habitués qui réservent par réflexe via l’application.
Un moteur de réservation qui vous appartient coûte un abonnement fixe et ne prélève rien au couvert. Il n’apporte en revanche aucun client de lui même: il enregistre ceux qui vous cherchaient déjà.
La lecture correcte est donc: garder l’intermédiaire pour la découverte, basculer les habitués vers votre propre moteur.
- Distinguer, dans les relevés, la part de nouveaux clients de celle des habitués
- Placer le bouton de réservation directe avant le lien vers l’intermédiaire
- Confirmer par message court, canal que le client garde en mémoire
- Mesurer le taux de non présentation sur les deux canaux avant de trancher
09Quand rester sur les plateformes est le bon choix
Trois situations rendent la bascule prématurée. Un établissement ouvert depuis moins d’un an, sans notoriété de quartier, a besoin de l’audience de la plateforme plus que la plateforme n’a besoin de lui. Un concept très dépendant de la livraison lointaine ne survivra pas sans flotte.
Enfin, une équipe déjà en tension ne doit pas hériter d’un canal supplémentaire. Mal tenu, il produit des commandes manquées, plus coûteuses qu’une commission.
Si vous êtes dans l’un de ces cas, gardez le dispositif en place. Nous préférons vous le dire avant.
- Établissement de moins d’un an, sans flux de quartier constitué
- Modèle reposant sur la livraison au delà de la zone de marche
- Équipe en sous effectif, sans personne pour surveiller un second canal
- Contrat en cours comportant des clauses de parité tarifaire strictes
10Questions fréquentes
Quelle commission paie t on réellement sur une plateforme de livraison ?
Les comparatifs sectoriels français consultés en août 2026 situent la formule avec livraison assurée par la plateforme autour de trente pour cent hors taxes, et la formule où le restaurant livre lui même autour de quinze pour cent. Ces chiffres sont des ordres de grandeur: aucune plateforme ne publie de grille ouverte, et les taux varient selon la ville, l’ancienneté et le volume. Le seul calcul fiable consiste à diviser ce qui vous a été versé par ce que le client a réellement payé, sur votre dernier relevé.
Sans commission veut il dire gratuit ?
Non, et il faut se méfier de cette confusion. Un canal direct supprime le pourcentage prélevé sur chaque vente, pas les coûts fixes. Restent les frais du prestataire de paiement, prélevés sur chaque transaction, l’hébergement du site, et selon le cas une licence logicielle. La différence tient à la nature de la dépense: un coût fixe et prévisible remplace un coût proportionnel qui augmente avec votre réussite. Plus vous vendez, plus l’écart se creuse en votre faveur.
Peut on quitter les plateformes du jour au lendemain ?
C’est possible mais rarement raisonnable. Le volume acquis disparaît immédiatement, alors que le canal direct met plusieurs mois à monter en charge. La transition qui tient consiste à ouvrir le canal direct pendant que les plateformes tournent encore, à orienter progressivement les clients qui viennent chercher au comptoir, puis à observer le déplacement de la répartition. Certains établissements finissent par tout couper, d’autres conservent une plateforme pour la découverte. Les deux issues sont légitimes.
Comment convaincre un client de commander en direct ?
Le moment décisif est physique, pas numérique. Le client qui franchit votre porte pour récupérer sa commande est celui qu’on convainc le plus facilement, à l’oral, en une phrase. Un support glissé dans le sac, avec un avantage réservé au canal direct et une adresse courte, prolonge ce message. Les campagnes publicitaires classiques donnent des résultats très inférieurs pour un coût supérieur. La règle est simple: parlez à ceux qui sont déjà venus, avant de payer pour toucher des inconnus.
A t on le droit d’afficher des prix différents selon le canal ?
Dans le principe, un restaurateur fixe librement ses prix et peut pratiquer un tarif différent en direct. En pratique, tout dépend des clauses de parité tarifaire figurant dans votre contrat avec l’intermédiaire, qui varient d’un acteur à l’autre et évoluent. Relisez votre contrat, ou faites le relire, avant d’appliquer un écart visible. Beaucoup d’établissements passent par une voie plus sûre: prix identiques, mais un avantage réservé au canal direct, comme un produit offert ou des frais de service absents.
Qui possède les données des clients qui commandent via une application ?
Pas vous, dans la très grande majorité des cas. Vous recevez une commande à produire, éventuellement un prénom, rarement une donnée exploitable pour recontacter la personne. Concrètement, vous ne pouvez prévenir personne d’un changement de carte, d’une fermeture ou d’une soirée exceptionnelle. Et vous repayez la commission au dixième passage du même habitué comme au premier. Un canal direct, avec un consentement recueilli conformément au RGPD, constitue une base qui vous reste même si vous changez d’outil ou de prestataire.
Un moteur de réservation qui m’appartient va t il me faire perdre des couverts ?
Il ne vous en fera pas gagner de lui même, c’est la différence essentielle. Une plateforme de réservation dispose d’une audience et vous expose à des gens qui ne vous cherchaient pas. Votre propre moteur enregistre ceux qui vous cherchaient déjà. La bonne lecture consiste donc à séparer les deux populations dans vos relevés: les nouveaux venus justifient l’intermédiaire, les habitués n’ont aucune raison de continuer à vous coûter un montant par couvert à chaque visite.
Faut il garder une plateforme uniquement pour la visibilité ?
C’est une stratégie défendable, à condition de l’assumer comme une dépense de notoriété et non comme un canal de vente. Vous acceptez alors un coût élevé sur une partie du volume en échange d’une exposition. Deux conditions pour que cela tienne: mesurer la part de nouveaux clients réellement apportée, et disposer d’un mécanisme qui fait basculer ces nouveaux venus vers votre canal direct dès la deuxième commande. Sans ce mécanisme, la dépense de notoriété devient une rente permanente versée à un tiers.
Pour aller plus loin : Mettre en place une boutique et un paiement en ligne · Automatiser les confirmations et les relances clients · Le site qui héberge votre canal direct · Guide: comment choisir une agence web · Faire calculer votre coût réel d’intermédiation
Dans la même famille : Référencement local d’un restaurant sur Google · Site internet pour un restaurant indépendant en Île-de-France.
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