Vendre en ligne avec WordPress revient à assembler une boutique. Vendre avec Shopify revient à en louer une. Sur trois ans, les deux atterrissent souvent dans la même zone budgétaire, mais la dépense ne se répartit pas du tout de la même façon, et le travail restant à votre charge non plus. Voici les deux structures de coût, poste par poste.
| Poste de dépense | WordPress et WooCommerce | Shopify |
|---|---|---|
| Licence de la plateforme | gratuite, logiciel libre | 36 à 384 € par mois, 25 à 289 € en engagement annuel |
| Hébergement | 200 à 400 € par an | compris dans l’abonnement |
| Extensions ou applications | 150 à 300 € par an | facturées à l’application, souvent au mois |
| Maintenance technique | 50 à 200 € par mois | assurée par l’éditeur |
| Coût total constaté sur 36 mois, boutique TPE | environ 7 400 € | environ 900 € d’abonnement en formule d’entrée annuelle, hors applications |
| Frais si passerelle de paiement externe | aucun | environ 2 % en Basic, 1 % en Grow, 0,6 % en Advanced |
Deux logiques opposées, pas deux produits concurrents
WooCommerce est une extension posée sur un système de gestion de contenu. Vous partez d’un site, vous lui ajoutez une fonction de vente. Shopify part de l’inverse : c’est un logiciel de commerce auquel on ajoute des pages. Cette différence d’origine se retrouve partout. Sur WordPress, l’édition de contenu est confortable et la gestion des commandes correcte. Sur Shopify, la gestion des commandes est excellente et l’édition de contenu reste fonctionnelle sans plus.
Cette observation suffit souvent à trancher. Si votre commerce repose sur du contenu, guides d’achat, articles techniques, référencement de fond, la base WordPress travaille pour vous. Si votre commerce repose sur le flux, stocks, promotions, expéditions, retours, la base Shopify travaille pour vous. Choisir contre sa propre logique d’activité coûte cher en contournements.
Le coût total sur trois ans
Le tableau ci-dessus montre un point contre-intuitif. La solution gratuite n’est pas la moins chère. Une boutique WooCommerce de petite taille revient à environ 7 400 € sur trente-six mois une fois additionnés l’hébergement renforcé, les extensions payantes, le thème et la maintenance technique. L’abonnement Shopify d’entrée de gamme, souscrit à l’année, représente environ 900 € sur la même période.
L’écart se referme dès que vous empilez les applications. Une boutique Shopify équipée pour les avis clients, les abonnements, la fidélité et un connecteur logistique voit facilement sa facture mensuelle doubler ou tripler. C’est là que le calcul devient personnel : additionnez les fonctions dont vous avez réellement besoin, pas celles qui figurent sur la page de comparaison de l’éditeur.
- Sur WordPress, la dépense est irrégulière : peu tous les mois, beaucoup lors des incidents et des refontes.
- Sur Shopify, la dépense est lisse et prévisible, mais elle ne s’arrête jamais.
- Sur WordPress, votre temps compte comme un coût, même s’il ne figure sur aucune facture.
- Sur Shopify, les frais de transaction pèsent proportionnellement à votre succès.
La propriété, une question à reformuler
On oppose souvent le libre, où l’on posséderait tout, et l’hébergé, où l’on ne posséderait rien. La réalité est plus nuancée. Dans les deux cas, vous possédez ce qui compte vraiment : votre nom de domaine, votre catalogue, votre fichier client et vos contenus. Dans les deux cas, vous ne possédez pas l’écosystème dont vous dépendez, extensions tierces d’un côté, plateforme de l’autre.
La vraie question porte sur la capacité de sortie. Pouvez-vous partir avec vos données, en combien de temps et à quel prix ? Un export de catalogue et de commandes est possible des deux côtés. Ce qui ne se transporte pas, c’est le paramétrage, les automatisations et les gabarits. Ce sujet mérite un examen sérieux avant de s’engager, et nous l’avons traité à part dans notre guide sur la propriété de son site.
Un réflexe simple protège dans les deux scénarios : exportez votre fichier clients et votre historique de commandes tous les trimestres, et conservez ces fichiers ailleurs que chez votre prestataire. Cette habitude coûte dix minutes et vous met à l’abri d’un litige, d’une faillite d’hébergeur ou d’un désaccord commercial. Elle vaut aussi bien pour une boutique auto hébergée que pour un compte sur une plateforme.
Extensions contre applications
Sur WordPress, une extension s’achète souvent une fois, avec une licence annuelle pour les mises à jour, et s’installe sur votre serveur. Vous gardez la main, y compris pour figer une version qui fonctionne. Le revers est connu : chaque extension ajoute une surface de risque, et une mise à jour mal maîtrisée peut interrompre la vente un samedi matin.
Sur Shopify, une application s’abonne au mois et vit chez son éditeur. Vous ne cassez presque jamais la boutique, mais vous accumulez des loyers et vous dépendez de la survie commerciale de chaque éditeur. Une application abandonnée disparaît, et la fonction avec elle. Comptez vos applications indispensables et multipliez par trente-six : le chiffre obtenu surprend souvent davantage que le prix de l’abonnement principal.
Le coût que personne ne facture : votre temps
Une comparaison honnête doit intégrer les heures que vous ou vos collaborateurs passerez sur la boutique. Sur une solution auto hébergée, il faut compter la veille sur les mises à jour, les vérifications de sauvegarde, les tests après chaque évolution et la résolution des incidents. Sur une plateforme hébergée, ces heures disparaissent presque entièrement, remplacées par un abonnement.
Traduisez cela en argent avec votre propre taux horaire. Quatre heures par mois consacrées à l’entretien technique par une personne dont l’heure vaut 50 € représentent 2 400 € sur trois ans, soit davantage que l’abonnement d’entrée de gamme d’une plateforme hébergée sur la même période. Ce calcul renverse souvent la conclusion intuitive selon laquelle le logiciel libre serait économique par nature.
La réciproque existe. Sur une plateforme fermée, une fonction manquante se contourne, et ce contournement consomme du temps chaque semaine, indéfiniment. Une entreprise qui exporte manuellement ses commandes vers son logiciel de comptabilité parce qu’aucune application ne fait exactement ce qu’il faut paie ce choix tous les mois. Regardez donc vos processus réels avant de trancher, pas seulement la liste des fonctionnalités.
Le tunnel de commande, terrain où tout se décide
Les deux plateformes vendent. La différence porte sur le nombre de réglages nécessaires pour atteindre un tunnel fluide. Une plateforme spécialisée arrive avec un parcours d’achat éprouvé sur des millions de transactions, y compris les paiements en un geste et la gestion des paniers abandonnés. Sur une base généraliste, ce parcours se construit, se teste et s’entretient.
Cette différence a un prix mesurable. Un point de taux de conversion représente, pour une boutique réalisant 200 000 € de chiffre d’affaires annuel, environ 2 000 € par an. Autrement dit, un écart de performance modeste sur le tunnel pèse plus lourd que la totalité de l’écart d’abonnement entre les deux solutions. Testez donc le parcours d’achat sur mobile avant de choisir, avec de vrais utilisateurs et de vrais moyens de paiement.
Quand WordPress gagne
- Votre acquisition repose sur le contenu éditorial et le référencement naturel.
- Vous vendez peu de références, ou des services associés à du conseil.
- Vous disposez d’un interlocuteur technique, salarié ou prestataire régulier.
- Vous avez besoin de fonctions atypiques que personne ne propose en application.
- Votre site actuel est déjà sous WordPress et fonctionne correctement.
Quand Shopify gagne
- Votre volume de commandes rend la fiabilité plus précieuse que la souplesse.
- Personne dans l’équipe ne veut entendre parler de mises à jour ni de sauvegardes.
- Vous vendez aussi en boutique physique ou sur des places de marché.
- Vous lancez et vous voulez tester le marché avant d’investir.
- Vos pics de trafic saisonniers sont violents et imprévisibles.
Recommandation par profil
Créateur qui teste une idée. Prenez Shopify en formule d’entrée. Vous serez en ligne en quelques jours, vous saurez en trois mois si le produit intéresse quelqu’un, et vous n’aurez pas immobilisé de budget en développement. Si le test échoue, vous arrêtez l’abonnement, ce qui est la sortie la moins douloureuse possible.
Commerçant établi avec un blog qui fonctionne. Restez sur WordPress et améliorez l’existant. Votre référencement acquis a une valeur que vous risquez de perdre dans un changement de plateforme mal préparé. Investissez plutôt dans la vitesse de chargement et le tunnel de commande.
Marque en croissance dépassant quelques centaines de commandes par mois. Shopify devient rationnel. Le temps que vous consacrez à la maintenance technique vaut plus cher que l’abonnement, et la stabilité en période de forte activité se paie. La bascule se prépare, notamment sur les redirections et le référencement : voyez notre guide de migration vers Shopify et notre offre e-commerce Shopify.
Entreprise dont la boutique a plus de cinq ans. Ne posez pas la question en ces termes. Commencez par mesurer ce qui ne va plus, puis décidez. Notre guide sur le bon moment pour refaire son site propose une grille de décision qui évite les refontes déclenchées par lassitude plutôt que par nécessité.
