Création de site internet pour un cabinet dentaire
Votre communication est encadrée par un texte précis, réécrit fin 2020. La plupart des prestataires web l’ignorent et proposent des dispositifs qui vous exposeraient à une procédure ordinale : témoignages de patients, avant et après, sollicitation d’avis depuis le fichier patients. Nous avons vérifié le droit applicable avant d’écrire cette page. Voici ce qu’un cabinet peut réellement publier, et comment traiter le rendez-vous sans transformer un site vitrine en traitement de données de santé.
01Ce que le décret du 22 décembre 2020 a réellement changé
Le décret n° 2020-1658 du 22 décembre 2020 a modifié le code de déontologie des chirurgiens-dentistes. Il a réécrit l’article R.4127-215 du code de la santé publique et créé l’article R.4127-215-1, tous deux en vigueur depuis le 25 décembre 2020.
L’ancienne rédaction prohibait expressément tous procédés directs ou indirects de publicité. Cette mention a disparu. Subsiste l’interdiction d’exercer la profession comme un commerce, ce qui n’est pas la même chose du tout.
Le contexte explique le mouvement : la Cour de justice de l’Union européenne, dans son arrêt Vanderborght de 2017, avait jugé incompatible avec le droit de l’Union une interdiction générale et absolue de la publicité pour les soins bucco-dentaires.
| Avant le 25 décembre 2020 | Depuis le 25 décembre 2020 |
|---|---|
| Interdiction expresse de tout procédé direct ou indirect de publicité | Mention supprimée, liberté de communiquer au public posée par R.4127-215-1 |
| Site internet toléré, périmètre incertain | Site expressément visé comme moyen d’information du public |
| Interdiction d’exercer comme un commerce | Interdiction maintenue à l’identique |
Sources : décret n° 2020-1658 du 22 décembre 2020, JORF du 24 décembre 2020, et article R.4127-215-1 du code de la santé publique, version en vigueur au 25 décembre 2020, sur Légifrance. Consultés le 21 août 2026.
02Le critère à retenir : informer pour éclairer un choix
L’article R.4127-215-1 pose un principe positif. Le chirurgien-dentiste est libre de communiquer au public, par tout moyen y compris un site internet, des informations de nature à contribuer au libre choix du praticien par le patient.
Le texte précise ce que recouvrent ces informations : les compétences et pratiques professionnelles, le parcours professionnel, et les conditions d’exercice. C’est un périmètre large, et bien plus riche que ce que publient la plupart des cabinets aujourd’hui.
La ligne de partage devient donc simple à formuler. Une phrase qui aide un patient à décider chez qui aller est légitime. Une phrase qui cherche à le convaincre de venir plutôt qu’ailleurs sort du cadre.
- Diplômes, titres, parcours, formations continues suivies
- Actes pratiqués au cabinet et actes adressés à un confrère
- Équipement et plateau technique, décrits factuellement
- Horaires, accessibilité, langues parlées, modalités d’accueil
- Honoraires, dont l’information au patient relève par ailleurs de l’article L.1111-3 du code de la santé publique
03Les cinq conditions posées par le texte
La liberté ouverte en 2020 est encadrée par des conditions énumérées dans le même article. Elles ne sont pas des recommandations d’usage, elles conditionnent la licéité de la communication.
Deux d’entre elles éliminent d’emblée des pratiques que le marché du web propose couramment aux cabinets : l’appel à des témoignages de tiers, et la comparaison avec d’autres praticiens ou établissements.
Les trois autres portent sur le fond du discours et sur la manière : loyauté, honnêteté, absence d’incitation à un recours inutile aux soins, et prudence dans les contenus à visée éducative ou sanitaire, qui doivent être scientifiquement étayés.
- La communication est loyale et honnête
- Elle ne fait pas appel à des témoignages de tiers
- Elle ne repose pas sur des comparaisons avec d’autres praticiens ou établissements
- Elle n’incite pas à un recours inutile à des actes de prévention ou de soins
- Les contenus éducatifs sont scientifiquement étayés, formulés avec prudence et mesure, sans présenter des hypothèses non confirmées comme des certitudes
- L’ensemble respecte les recommandations du conseil national de l’ordre
04Les avis en ligne, sujet le plus mal traité du secteur
C’est ici que le conseil courant devient dangereux. Brancher son logiciel métier pour envoyer une demande d’avis après chaque rendez-vous cumule deux problèmes distincts, l’un déontologique, l’autre relatif aux données personnelles.
Côté déontologie, la distinction utile est celle du spontané et du sollicité. Un avis déposé de sa propre initiative par un patient n’est pas votre communication. L’organiser, le provoquer, le republier sur votre site revient à faire appel à un témoignage de tiers, ce que R.4127-215-1 exclut.
Côté données, le fichier patients est constitué pour une finalité de soins. L’utiliser comme base d’envoi marketing en détourne la finalité, alors même que le simple fait qu’une personne soit patiente d’un cabinet dentaire constitue une information sur son état de santé.
Votre marge d’action porte donc sur la réponse, jamais sur la sollicitation.
- Ne pas déclencher de campagne d’avis depuis le fichier patients
- Ne pas republier de témoignages sur les pages du cabinet
- Répondre de façon neutre, sans confirmer la qualité de patient
- Ne jamais mentionner un acte, un diagnostic ou une date de venue
- Signaler les avis manifestement faux via les procédures de la plateforme
05Prise de rendez-vous : où s’arrête un site vitrine
La question revient systématiquement, et la réponse tient à une distinction technique que peu de prestataires posent correctement : selon ce que le formulaire collecte, votre site change de régime juridique.
L’article L.1111-8 du code de la santé publique impose que toute personne hébergeant des données de santé à caractère personnel pour le compte d’un tiers soit certifiée. Le déclencheur est donc l’hébergement par un prestataire externe, pas la simple existence de la donnée.
Deux conséquences pratiques. Un praticien qui conserve lui-même ses données au cabinet n’est pas concerné par la certification. Et un site qui ne stocke aucun motif de consultation ne bascule pas dans ce régime.
Notre position de conception en découle : le site vitrine ne collecte jamais d’élément clinique. La donnée sensible est renvoyée vers votre outil métier, déjà certifié, plutôt que dupliquée dans un formulaire maison.
| Ce que le site collecte | Régime applicable |
|---|---|
| Rien, simple affichage du numéro de téléphone | Aucune contrainte particulière |
| Nom et coordonnées, sans motif de consultation | Données personnelles ordinaires, RGPD applicable |
| Motif de consultation, antécédent, pathologie | Donnée de santé : l’hébergeur doit être certifié HDS |
| Renvoi vers un outil métier tiers | L’éditeur doit être certifié HDS, contrat de sous-traitance écrit exigé |
Sources : article L.1111-8 du code de la santé publique et fiches de l’Agence du numérique en santé sur la certification HDS, esante.gouv.fr. Consultés le 21 août 2026.
06Les obligations RGPD qui concernent vraiment un cabinet
La CNIL rappelle que le règlement s’applique à tout traitement de données personnelles, sous forme électronique comme papier, et que les données collectées doivent être adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est strictement nécessaire à la prise en charge.
Trois points structurent la conformité. Le registre des traitements est obligatoire, avec un modèle simplifié diffusé par la CNIL. Le délégué à la protection des données ne s’impose pas en exercice individuel, mais devient obligatoire en cas de traitement à grande échelle. Tout sous-traitant relève d’un contrat écrit.
S’ajoute un sujet propre au web, souvent négligé : les traceurs. Un pixel publicitaire déposé sur une page décrivant un soin précis peut révéler un intérêt de santé, ce qui change la nature du traitement. Le consentement préalable est requis pour tout traceur non strictement nécessaire.
- Registre des traitements tenu et actualisé
- Contrat de sous-traitance écrit avec chaque prestataire technique
- Bandeau de consentement réellement bloquant avant tout traceur non essentiel
- Durées de conservation définies, la CNIL cite pour les médecins une référence de vingt ans à compter de la dernière consultation
- Politique de confidentialité rédigée pour être lue, pas copiée d’un modèle
07Faut-il rester sur une plateforme de rendez-vous ?
Nous ne militons pas contre ces outils, et il serait absurde de le faire. Ils gèrent le planning, les rappels, la file d’attente et les annulations, avec une fiabilité que peu de cabinets reproduiraient seuls.
Ce que nous observons, c’est une confusion de rôles. La fiche de la plateforme devient de fait la présence en ligne du cabinet, alors qu’elle n’a jamais été conçue pour expliquer votre pratique, votre plateau technique ou votre approche des soins.
L’articulation raisonnable est celle-ci : la plateforme reste l’outil de planning, le site devient l’endroit où le cabinet s’explique. Le visiteur découvre le praticien sur le site, puis réserve dans l’outil, et vous cessez de dépendre d’un tiers pour être trouvé.
- Garder l’outil de planning tant qu’il fait bien son travail
- Cesser de traiter la fiche comme la vitrine principale du cabinet
- Faire du site le point d’entrée des recherches locales
- Vérifier la stricte cohérence des coordonnées entre les deux
08Se rendre trouvable sans solliciter de patientèle
La nuance est essentielle, parce qu’elle sépare une pratique acceptable d’une pratique risquée. Être trouvable par quelqu’un qui cherche déjà un chirurgien-dentiste n’a rien à voir avec aller chercher activement la patientèle d’un confrère.
Le référencement naturel local se situe du bon côté de cette ligne. Il consiste à rendre lisibles des informations que vous avez de toute façon le droit de publier : votre adresse, vos horaires, vos actes, votre accessibilité, votre parcours.
Le référencement payant est une autre affaire. Aucun texte ne l’interdit expressément depuis 2020, mais il reste soumis aux mêmes conditions, et une annonce achetée se rapproche du procédé commercial. Si le sujet vous intéresse, la démarche prudente consiste à interroger votre conseil départemental avant d’engager quoi que ce soit.
- Fiche d’établissement renseignée avec exactitude et tenue à jour
- Une page par acte pratiqué, rédigée sur un registre informatif
- Contenus pédagogiques sur l’hygiène bucco-dentaire, scientifiquement étayés
- Aucune formulation de captation ni offre d’appel sur les soins
09Notre cadre de travail avec un cabinet
Aucune référence client n’apparaît ici, aucun cabinet nommé, aucun résultat chiffré attribué à un praticien.
Nous ne rédigeons pas non plus vos textes seuls. Chaque page destinée au public vous est soumise avant mise en ligne, et nous encourageons une lecture par votre conseil départemental sur les points sensibles.
Ce que nous apportons est un cadre technique et éditorial : une architecture qui met en avant ce que le texte autorise, une gestion des formulaires qui n’expose pas de données de santé, et un site dont vous détenez les accès du premier jour.
- Trame de contenus construite sur le périmètre de R.4127-215-1
- Formulaires conçus pour ne jamais collecter de motif de consultation
- Registre des traitements et politique de confidentialité préparés avec vous
- Accès, nom de domaine et code source remis à la livraison
10Questions fréquentes
Un cabinet dentaire a-t-il le droit d’avoir un site internet ?
Oui, et le texte le prévoit explicitement. L’article R.4127-215-1 du code de la santé publique, en vigueur depuis le 25 décembre 2020, autorise le chirurgien-dentiste à communiquer au public par tout moyen, y compris sur un site internet, des informations contribuant au libre choix du praticien par le patient. La question n’est donc plus l’existence du site mais son contenu, qui doit rester loyal, honnête, sans témoignage de tiers ni comparaison avec d’autres praticiens.
Puis-je publier des photos avant et après de mes cas ?
Nous vous le déconseillons formellement en communication grand public. Aucun texte ne l’autorise expressément, et le procédé met en avant un résultat obtenu, ce qui s’accorde mal avec l’esprit de l’article R.4127-215-1 et avec l’interdiction maintenue d’exercer la profession comme un commerce. S’ajoute le risque d’être lu comme une promesse de résultat, alors que vous êtes tenu d’une obligation de moyens. Pour un usage entre confrères ou en formation, le contexte est évidemment différent.
Puis-je demander à mes patients de laisser un avis ?
C’est le conseil le plus fréquemment donné, et le plus risqué. Deux obstacles se cumulent. L’article R.4127-215-1 exclut la communication faisant appel à des témoignages de tiers, ce qui vise l’avis sollicité et organisé, pas l’avis spontané. Et le fichier patients est constitué pour une finalité de soins : l’utiliser pour un envoi marketing en détourne la finalité, sur des données qui révèlent un état de santé. Vous pouvez répondre aux avis, sans jamais confirmer qu’une personne est patiente.
Ai-je besoin d’un hébergement certifié HDS pour mon site ?
Pas pour un site vitrine qui ne stocke aucune donnée de santé. L’article L.1111-8 du code de la santé publique vise l’hébergement de données de santé pour le compte d’un tiers. Un formulaire de contact générique, sans motif de consultation ni antécédent, ne fait pas basculer le site dans ce régime. En revanche, dès qu’un module collecte et conserve un motif médical, l’hébergeur doit être certifié. Notre parti pris est de concevoir le site pour qu’il n’ait pas à l’être.
Puis-je afficher mes honoraires sur le site ?
Oui. L’information du patient sur les tarifs relève par ailleurs d’une obligation légale, prévue à l’article L.1111-3 du code de la santé publique. Publier une information tarifaire claire entre pleinement dans le périmètre de R.4127-215-1, puisqu’elle contribue au libre choix du praticien. Veillez simplement à la présenter de façon neutre et à jour, sans mise en avant promotionnelle, sans offre d’appel et sans comparaison implicite avec les honoraires pratiqués ailleurs.
Le référencement payant est-il autorisé pour un dentiste ?
Aucun texte ne l’interdit expressément depuis la réforme de décembre 2020, mais la prudence s’impose. La communication reste soumise aux conditions de R.4127-215-1, et l’interdiction d’exercer la profession comme un commerce demeure inchangée dans R.4127-215. Une annonce achetée pour capter la patientèle d’un quartier se rapproche du procédé commercial. Si vous envisagez ce levier, interrogez votre conseil départemental avant d’engager un budget, et privilégiez d’ici là le référencement naturel local.
Que puis-je écrire sur les soins que je pratique ?
Beaucoup de choses, à condition de rester sur un registre informatif. Vous pouvez décrire les actes pratiqués, votre plateau technique, votre parcours et vos formations. Vous pouvez publier des contenus éducatifs, à condition qu’ils soient scientifiquement étayés et formulés avec prudence et mesure, sans présenter des hypothèses non confirmées comme des certitudes. Ce que vous ne pouvez pas faire, c’est inciter à un recours inutile à des actes de prévention ou de soins.
Faut-il quitter la plateforme de prise de rendez-vous ?
Pas nécessairement, et nous ne le recommandons pas systématiquement. Ces outils gèrent le planning, les rappels et les annulations avec une fiabilité difficile à reproduire. Le problème que nous voyons est un problème de rôle : la fiche est devenue la vitrine par défaut, alors qu’elle ne raconte ni votre pratique ni votre équipement. L’articulation saine consiste à garder l’outil pour le planning et à construire à côté une présence dont vous détenez l’adresse.
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